Hommage à Guy-Claude Marie

Aline
Fischer

Cinéaste

Sylvain
George

Cinéaste


Nous avons appris avec tristesse la disparition de Guy-Claude Marie, ancien exploitant du Cratère à Toulouse, qui a longtemps été membre du Conseil d'Administration du GNCR, et initiateur de l'association IMAGOPUBLICA.


Deux cinéastes membres de l'ACID, Aline Fischer et Sylvain George ont souhaité lui rendre hommage :


« Profonde tristesse d'apprendre la disparition de Guy-Claude. Je l'aimais beaucoup et j'ai eu la chance de croiser sa route avec la complicité d'Etiennette. Je me souviendrai toujours de son accueil et de sa générosité alors qu'un 18 novembre 2023, il venait me récupérer à la gare de Canet-en-Roussillon et que nous allions manger un plat de fruits de mer sur la plage, les Albères témoins du ciel bleu qui nous recevait ce jour-là. Puis nous filions présenter les films et en débattre avec les spectateurs cinéphiles et amis, en passant par la librairie de la promenade en bord de mer, qui venait d'ouvrir ses portes et où nous invitions les nouveaux visiteurs à nous rejoindre. Tous et toutes étaient si ravis de parler à Guy-Claude, de le voir arriver de loin, fidèles et enjoués par ses programmes; des rendez-vous de cinéma thématiques, internationaux, intergénérationnels, concoctés avec tellement d'amour, d'implication, de réflexion, préoccupé qu'il était de voir le RN gagner tant de pouvoir dans la région.

J'ai eu le bonheur de lire son livre sur Debord lors d'un séjour de repérages dans les Corbières alors qu'il nous avait discrètement glissé à Raphaëlle Pireyre et moi un exemplaire dans chacun de nos sacs de voyage après un bon repas partagé avec Marielle Issartel. Il était tellement enthousiaste, quel plaisir ! J'étais sûre qu'on se retrouverait et je ne mesurais pas comme ces moments fabuleux passés ensemble étaient ô combien précieux puisqu'ils n'allaient pas continuer... Je pense à lui, à Etiennette... Je les remercie d'avoir été là pour moi, de m'avoir accueillie si bien. On a tant ri, tant parlé, tant partagé.

Je pense à Etiennette, à son fils et son épouse, ses petits-enfants, amis, parents proches, anciens élèves, habitués des séances; je partage leur peine et leur souhaite beaucoup de courage dans cette épreuve. Qu'ils retrouvent et perpétuent la joie de vivre de Guy-Claude pour parvenir à surmonter sa disparition, sous les auspices du Canigou et de sa flamme propagée dans toutes les directions, au-delà du pays catalan.

Tout au long de sa vie, il a su transmettre sa passion du cinéma et j'espère que quelqu'un reprendra le flambeau des week-ends Imagopublica au Clap ciné de Canet !

Je ne t'oublierai pas Guy-Claude, quelle chance de t'avoir connu. »

- Aline Fischer, cinéaste




« Je ne connaissais pas personnellement Guy-Claude Marie, même si j'avais eu l'occasion de le croiser à plusieurs reprises. Certains noms signifient quelque chose de singulier dans la vie des films. Plusieurs des miens ont été soutenus par le GNCR, et ont trouvé au Cratère, à Toulouse, un lieu d'accueil, de projection et de discussion. Ce n'est jamais anodin.

Guy-Claude Marie appartenait à cette famille rare de passeurs pour qui le cinéma n'est pas seulement un objet de programmation, mais une forme d'engagement. Un engagement discret, patient et exigeant, fait de fidélité aux œuvres, d'attention aux films fragiles, aux films minoritaires, aux films qui cherchent autrement. Défendre le cinéma de recherche, accompagner ce qu'il appelait les « essais remarquables », maintenir vivantes des circulations entre les salles, les spectateurs, les cinéastes, les lieux de pensée et de transmission, tout cela compose une œuvre moins visible qu'un film, mais essentielle à l'existence même des films.

Il y a, dans un tel parcours, une actualité très forte. À l'heure où la culture est de plus en plus soumise à des logiques de concentration, de normalisation idéologique et de captation marchande, à l'heure où la « bollorisation » ne désigne plus seulement la prise de contrôle de quelques médias mais une manière d'organiser les sensibilités, de durcir les imaginaires, de réduire les formes dissidentes à l'invisibilité ou à la caricature, le travail de Guy-Claude Marie rappelle ce que peut signifier une défense réelle du cinéma de recherche. Non pas une défense abstraite, ni une rhétorique de circonstance, ni même ce supplément de légitimité dont certains se parent tout en accompagnant parfois l'appauvrissement général des formes et des pensées, mais une pratique concrète, située, patiente, qui engage des lieux, des choix, des fidélités, des prises de risque.

Car défendre le cinéma de recherche, ce n'est pas seulement donner une place à des films difficiles ou minoritaires. C'est contester, à même la programmation, l'idée selon laquelle seules les œuvres immédiatement lisibles, rentables ou conformes mériteraient d'exister publiquement; et opposer aux logiques de concentration une autre économie du regard, fondée sur l'attention, la durée, la confiance accordée aux œuvres et aux spectateurs. Dans cette perspective, le programmateur n'est pas un simple relais entre un film et une salle. Il participe à la constitution d'un espace public du cinéma, où peuvent encore circuler des formes non domestiquées, des pensées minoritaires, des expériences sensibles qui résistent aux formes du consensus généralisé.

C'est pourquoi l'expérience de Guy-Claude Marie importe aujourd'hui avec une force particulière. Elle rappelle qu'il n'y a pas de cinéma libre sans lieux pour l'accueillir, sans gestes pour le transmettre, sans personnes pour en défendre la nécessité contre les forces qui voudraient l'assimiler, le marginaliser ou le faire taire. À travers le Cratère, le GNCR, puis l'association Imagopublica, il aura contribué à construire cette continuité fragile et décisive entre les œuvres, les salles, les spectateurs et la pensée.

Je voudrais simplement saluer sa mémoire, son travail, sa générosité de programmateur, son désir de partage, et cette manière de faire exister d'autres définition du cinéma. Mes pensées vont à son épouse Étiennette, à ses proches, ainsi qu'à toutes celles et ceux du GNCR, du Cratère, d' Imagopublica et des salles qui ont cheminé avec lui.

Que son héritage demeure vivant dans celles et ceux qui poursuivent ce travail de transmission, et que son expérience continue de faire référence pour toutes les personnes qui savent qu'un film ne tient pas seulement par ce qu'il montre, mais aussi par les lieux, les fidélités et les engagements qui lui permettent d'exister. »

- Sylvain George, cinéaste

Aline Fischer

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Sylvain George

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Publié le mercredi 03 juin 2026

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