Hommage à Hélène Hazera


Cinéastes de l'ACID

Hélène Hazéra a eu mille vies, mille combats. Travailleuse du sexe, comédienne, journaliste, férue de chansons et de poésie, militante pour les droits des personnes trans, elle avait une liberté de ton qui ne semblait jamais négociable. Quelque chose de profondément politique : ne pas se laisser assigner, continuer à regarder le monde de biais.


En sa compagnie, la discussion était mouvante. Elle bifurquait sans cesse. Un souvenir appelait une chanson, une chanson un livre, un livre une autre histoire… Elle écoutait, rebondissait, racontait, riait. Le dialogue devenait une forme de jeu, une façon de penser ensemble. On ne savait jamais tout à fait où la conversation allait nous mener — de Pigalle à la Grèce antique, il n'y avait qu'un pas. Sa parole était abondante, vive, étonnante, joyeuse.


C'est aussi ce qui rendait sa présence si précieuse. On pouvait lui demander un conseil de lecture et elle vous refaisait votre bibliothèque, avec un éclectisme passionnant. Elle vous donnait envie de lire, de voir, de comprendre davantage. Sa culture était immense, presque démesurée, mais elle ne pesait jamais. Elle était toujours généreuse, comme une invitation, un partage qui offrait une immense ouverture sur le monde et ses luttes.


Tout semblait pouvoir l'amuser. Elle trouvait dans les situations les plus ordinaires un détail absurde, un décalage, une ironie. Hélène avait cette façon malicieuse de ne jamais tout à fait prendre le monde au pied de la lettre. Son regard faisait légèrement basculer les choses. Même les moments difficiles semblaient parfois devoir passer par cet humour, comme une façon de leur tenir tête.


Elle avait connu tant de violences et de pertes, et pourtant quelque chose en elle refusait de se laisser enfermer dans le tragique.


Il y avait chez Hélène Hazera quelque chose d'intact de l'enfance : l'étonnement, la curiosité, le plaisir de raconter, de découvrir, de rire. Une joie qui semblait avoir résisté aux épreuves, et qui donnait à sa présence quelque chose de vif, d'insolent et de profondément lumineux.


Hélène est de ces êtres immortels. Nous la remercions d'avoir été.

Cinéastes de l'ACID


Publié le jeudi 15 octobre 2026

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