Cinéastes de l'ACID
“J'ai fait des films pour redonner de la fierté aux ouvriers, aux immigrés et aux copains, copines, ces enfants d'immigrés qui sont devenus des artistes à part entière. Tout ce que j'ai découvert je le transmets. Aujourd'hui c'est vous qui allez poursuivre ce combat.”
- Jean-Pierre Thorn
Nous apprenons le décès du cinéaste Jean Pierre Thorn, cinéaste fondateur de l'ACID. Un homme qui a été de tous les combats, de toutes les luttes. Ses engagements ont fait œuvre documentaire. Il a fait du cinéma un espace politique de réflexion sur le monde et ses bouleversements. On se souviendra de Le dos au mur en 1979 sur son expérience d'ouvrier métallurgiste chez Alstom à Saint-Ouen, de Faire kiffer les anges en 1997 ou de On n'est pas des marques de vélo en 2003 sur la naissance du mouvement hip hop en France. Il aura été fidèle jusqu'au bout à sa relation forte au territoire de la Seine-Saint-Denis et était convaincu de la nécessité de produire une politique publique du cinéma dans un territoire populaire. Aujourd'hui son héritage permet de transmettre et faire perdurer l'histoire de la banlieue française.
Cet héritage s'étend bien au-delà de son œuvre cinématographique. Confronté à une série de difficultés lors du financement et de la distribution commerciale de “Je t'ai dans la peau” qu'il réalise en 1990, il fait le constat avec d'autres cinéastes de la réticence croissante des chaînes de télévision à s'engager dans le préachat de films documentaires d'auteurs. Cela le pousse à s'engager dans la défense de l'existence d'un cinéma indépendant et d'un réseau de salles indépendantes.
Il fut ainsi en 1991 l'un des rédacteurs du manifeste des cinéastes “Résister”. Cent quatre-vingt cinéastes dont Claudine Bories, Robert Guédiguian, Gérard Mordillat portèrent ce texte qui leur permit d'obtenir l'appui du CNC pour la création d'une association du cinéma indépendant, l'ACID.
Jean-Pierre Thorn fut entre 1992 et 1995 le président de notre association et négociera avec le CNC la création d'une section parallèle au Festival de Cannes. Il représente pour notre association un ancrage dans la mémoire des luttes passées et à venir. Il nous faut passer par ses films pour ne pas perdre de vue ce pourquoi nous faisons du cinéma, maintenir la diversité, préserver notre liberté et notre autonomie.
C'est en poursuivant les combats qu'il a menés que nous, cinéastes de l'ACID, le remercions.
- Les Cinéastes de l'ACID
"Ce qui me plaît dans la démarche de Jean-Pierre c'est qu'il continue avec son film à sillonner la France pour nouer un autre dialogue entre ceux qui sont reconnus aujourd'hui et les autres qui vont continuer demain à chercher leur expression."
- Jacques Kebadian à propos de Faire kiffer les anges de Jean-Pierre Thorn (1997)
"Jean-Pierre Thorn est un cinéaste engagé. Il croit aux vertus de la parole donnée, à la fragilité comme à la puissance d'une mise en forme, et croit naturellement pouvoir modifier une réalité en l'exposant."
- Dominique Boccarossa à propos de On n'est pas des marques de vélo de Jean-Pierre Thorn (2003)
"Une constante, dans tous les films de Jean Pierre-Thorn, est la profonde empathie du réalisateur pour ses personnages, qui émeut d'emblée le spectateur."
- Alain Mazars à propos de Allez, Yallah ! de Jean-Pierre Thorn (2006)
Cinéastes de l'ACID
Publié le mardi 08 juillet 2025