L'audace des chemins de traverse

Ina
Seghezzi

Cinéaste

Pascale
Hannoyer

Cinéaste

Chaque année, entre janvier et avril, le rituel se répète. Des cinéastes de l'ACID regardent des centaines de films venus du monde entier. On parle cinéma, discute à bâtons rompus, on se dispute avec passion, parce que choisir, c'est aussi devoir abandonner des œuvres aimées. Neuf titres, remarqués par l'audace d'une écriture inattendue et en prise avec le monde, d'une forme qui s'invente sous nos yeux, qu'elle soit stylisée, maîtrisée ou tâtonnante, bruyante ou silencieuse, sont retenus au terme d'un long processus dont le résultat final n'est pas le fruit d'une ligne éditoriale ou d'un compromis, mais la somme des coups de cœur des uns et des autres. Pas de hiérarchie ni de compétition entre les films, tous sont portés avec ferveur par le groupe des cinéastes programmateurs.

Parce qu'à l'ACID, nous croyons au pouvoir d'un cinéma audacieux, nous accompagnons ces films qui prennent le risque de déplaire et de brûler leurs ailes, qui bravent les goûts dominants et sortent courageusement des sentiers battus. L'audace est aussi celle des distributeurs et exploitants, disposés, avec témérité et hardiesse, à s'affranchir des difficultés et lois du marché pour diffuser ces œuvres qui explorent des territoires cinématographiques inconnus, convaincus qu'elles doivent rencontrer leur public.

L'aplomb est partagé avec des spectatrices et spectateurs curieux de se laisser surprendre, prêts à être déroutés.

Le cinéma n'est pas une tour d'ivoire coupée du monde et la pandémie a renforcé, comme pour le reste de la société, des inégalités déjà bien présentes avant elle, marquant une rupture de fait entre deux pôles de plus en plus éloignés l'un de l'autre : quelques gros titres, occupant la majorité des écrans à grand renfort de budgets promotionnels démesurés, et une distribution et diffusion indépendantes de plus en plus fragilisées. En ces circonstances, garder son cap, ne pas céder à la facilité et continuer à prendre des chemins de traverse, demande une audace de plus en plus grande aux cinéastes, producteurs, distributeurs, exploitants et spectateurs indépendants. Face à l'urgence d'un sursaut commun salutaire - avec l'appui indispensable des pouvoirs publics - pour rétablir les équilibres et garantir la diversité, l'ACID se bat, comme elle le fait depuis 31 ans, et toujours davantage, pour qu'existe un cinéma défricheur.

À Cannes (comme partout ailleurs), nos projections sont indissociables d'un temps de débat, parce qu'un film c'est son auteur, mais aussi son public, et surtout la rencontre des deux. Et c'est avec une joie intacte et combative que nous vous y accueillons cette année, afin de partager cet esprit d'audace avec celles et ceux qui réalisent, accompagnent, diffusent et aiment ces films qui posent avec courage, singularité et poigne un regard sur notre monde, et, par-là, nous transforment. 

Ina Seghezzi

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Cinéaste


Pascale Hannoyer

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Cinéaste

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Secrétaire


Publié le lundi 15 mai 2023

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