À propos de Pas vu pas pris

Gérard
Mordillat

Cinéaste

A l'origine, il y a une séquence piratée où, sur un bord de mer, on peut voir François Léotard (de dos) et Etienne Mougeotte s'entretenir en toute liberté. Les deux hommes ignorent qu'ils sont filmés, ils se tutoient dans une amicale complicité : Mougeotte fait énergiquement son travail de lobbyiste pour le compte de TF1 auprès du ministre qui l'écoute d'une oreille distraite.


Le Canard Enchaîné publia le décryptage de ce dialogue et cela provoqua un petit scandale : les âmes vertueuses de la presse s'indignèrent en chœur d'une collusion si manifeste entre un élu et l'un des patrons d'une grande chaîne de télévision. Ce pauvre secret de polichinelle ne fit pas long feu : l'indignation n'excède jamais plus de vingt-quatre heures...


_ C'est alors que Pierre Carles eut l'idée de soumettre cette séquence piratée aux différents responsables de l'information des chaînes publiques et privées en leur demandant s'il était concevable ou non de diffuser un tel document. Pas vu pas pris est le journal de son enquête...


_ La réaction la plus extraordinaire est celle de Bernard Benyamin qui, repoussant le moniteur vidéo regarde tout de même les images avant de se lancer dans une tirade outragée sur la déontologie journalistique, l'interdiction d'utiliser des images piratées, des caméras cachées... Pierre Carles, rendant coups pour coups, nous le montre alors dans le cadre d'Envoyé Spécial, se vantant d'employer tous les moyens qu'il vient de condamner avec tant de fermeté. Il y a, au musée d'Orsay à Paris, une série de têtes en terre cuite d'Honoré Daumier, représentant les parlementaires de son temps affublés de sobriquets comme « le fat », « le niais », « le sournois », « le gâteux », « le borné », etc... Sous quel nom Bernard Benyamin passera-t-il à la postérité ? Car Pierre Carles partage avec Daumier la même allégresse dans le trait, la même violence dans la charge, la même ironie vengeresse. Au propre, comme au figuré, Pierre Carles se paye la tête de Charles Villeneuve, Bernard Benyamin, Jacques Chancel, Alain de Greef, Karl Zéro et quelques autres terres cuites. Et c'est un plaisir sans cesse renouvelé d'assister à la découverte des images interdites. Une découverte qui apparaît soudain d'une obscénité inouïe : la vérité toute nue sortant du puits.

Gérard Mordillat

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Cinéaste


Publié le lundi 18 septembre 2017
Mis à jour le mardi 14 novembre 2017

Paroles de cinéastes

Pas vu pas pris

Un film de Pierre Carles

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