À propos de Nénette et Boni

Jean-Henri
Roger

Cinéaste

Il y a dans Nénette et Boni une tension qui est le vrai moteur de la fiction. Tension de l'indicible dont le moteur est une question : qui a mis enceinte Nénette ? Tension qui révèle la complexité des rapports de Boni qui a fait sienne cette déclaration de Gide "famille je vous hais", et qui est prêt à tout pour en fabriquer une avec sa soeur quand il apprend qu'elle est enceinte. Tension la détermination de Nénette, à taire son histoire. Tension le triangle composé du père, de la fille et du fils. Triangle qui ne pourra survivre que par la mort du père et sa substitution par l'enfant (le sien ?). Cette tension traverse tout le film, du cadre, aux corps des acteurs. La beauté du film tient à la capacité de Claire Denis, d'inscrire cette histoire chez des personnages en attente. Attente d'un corps sexuel et du plaisir pour Boni (la belle boulangère), attente de la libération de l'indicible pour Nénette (l'avortement), attente de retour impossible pour le père (l'effacement de la rupture avec ses enfants). Boni n'est ni pauvre ni riche et vit la liberté de la démerde. Celle chaleureuse du temps où les copains font office de famille. Il y a chez Claire Denis une jubilation d'inscrire dans le réel (la succulente scène avec l'assistante social). Marseille jamais filmée comme un décor, mais dont la présence dans le cadre raconte beaucoup de la nonchalance de Boni et de ses amis, et sur la beauté des boulangères. La présence de Marseille rajoute de la force et de la véracité à cette histoire, filmée par un regard tendu et généreux.

Jean-Henri Roger

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Cinéaste


Publié le lundi 18 septembre 2017
Mis à jour le mercredi 15 novembre 2017

Paroles de cinéastes

Nénette et Boni

Un film de Claire Denis

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