À propos de L'Humanité

Marie
Vermillard

Cinéaste

L'Humanité un film qui provoque beaucoup de réactions contradictoires (c'est déjà bon signe). Moi je l'ai reçu (dans cette projection de presse cannoise où certaines manifestations faisaient réellement douter de l'humanité) avec curiosité, l'esprit mis soudain en éveil : des questions me viennent, le rappel que chacun voit le monde différemment, ce plaisir de découvrir le regard de l'autre, surtout si cet autre a le culot de croire autant au cinéma, ce plaisir du plan, du temps, ce désir de parler de la sainteté revisitée dans ce difficile contexte d'une bourgade du nord de la France, ce monde si peu regardé.


_ Et puis surtout cette interrogation essentielle sur l'horreur, l'horreur qui toujours surgit au cœur de cette humanité, horreur incompréhensible, inexplicable et tellement insupportable, comme ce plan si décrié de cette enfant torturée, violée. Cette horreur qui chaque jour nous entoure, que nous recevons sans la ressentir à travers toute cette imagerie télévisuelle, cette horreur que la fiction met en scène pour nous obliger à réfléchir à toutes ces contradictions que nous portons en nous. C'est bizarre ce film dérange : qu'il dérange ceux qui nient le rôle du cinéma de nous faire découvrir le regard singulier d'un cinéaste, c'est normal, ce n'est même pas la peine d'en parler. Mais ma surprise c'est le rejet qu'il peut provoquer chez des personnes que j'estime. Je ne leur demande pas d'aimer, L'Humanité n'est pas un film dont on parle en ces termes, mais de respecter.


Et là d'autres questions se posent : la pensée unique, elle m'épouvante, elle érige des procès d'intention à toute expression singulière, des mots sont lâchés : « dégoûtant », « catholique intégriste »... Et alors je sais pourquoi ce film est si important pour moi, je sais que c'est un film de résistance. Comme on parle de persistance rétinienne on peut parler de persistance interrogative, la sensation longtemps après que les gens ne sont pas ce qu'on nous a appris, beaucoup trop étranges pour les enfermer dans un seul point de vue politique. Nous n'avons pas réponse à tout, c'est ce que nous dit ce visage du lieutenant de police, ce que nous disent ses yeux grands ouverts qui voient. Ils voient gauchement, lentement, ils voient là maintenant, ils voient l'ennui et le temps. Alors nous on voit bien à travers ce film que dans la vie la beauté est ingrate, que l'homme est complexe, que le manichéisme est un cul-de-sac, que le mystère existe, évidemment ça, il y en a qui ne le supporteront pas.

Marie Vermillard

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Cinéaste


Publié le lundi 18 septembre 2017
Mis à jour le jeudi 16 novembre 2017

Paroles de cinéastes

L'Humanité

Un film de Bruno Dumont

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