Invitations aux spectateurs - Rêves de jeunesse

Le lieu comme point de départ

A l'instar de ses deux précédents longs-métrages, La Cage (2002 - Prix FIPRESCI Locarno) et L'Eté indien (2008), Alain Raoust a choisi de tourner Rêves de jeunesse dans le Haut Verdon de son enfance. Celui qui s'envisage volontiers comme un cinéaste-géographe arpente ainsi ce territoire familier à la recherche d'espaces recelant des potentialités de récits, des lieux où la fiction viendrait s'enraciner dans le réel. Au cours du processus de création, l'écriture du scénario est ainsi indissociable d'un territoire préexistant dans lequel l'imaginaire pourrait se mettre au travail. De là partiront également les choix de mise en scène : Comment architecturer un lieu ? Comment cadrer en fonction de sa géographie, de ses reliefs ? Quels sont les rapports de force, et comment y faire circuler les personnages ? Le décor principal de Rêves de jeunesse, une déchetterie de village, contient en lui-même une charge symbolique aussi puissante que contrastée. Espace clos mais à ciel ouvert, elle est hors du monde mais elle en reçoit la mémoire, chacun venant à tour de rôle y déposer des objets du passé. En cela elle devient le réceptacle de tous les possibles, et c'est sans doute pour cette raison que Salomé, en quête de nouvelles perspectives, a su investir cet endroit en y voyant autre chose qu'un espace de rebut et de ruine. Creuset au sein duquel vont se fondre les différentes énergies des personnages, la déchetterie forme la première étape d'une trajectoire émancipatrice, menant au territoire matériel et mental que sont les cabanes construites par Mathis : lieux de retrait plutôt que territoires de repli, où l'on choisit temporairement de prendre de la distance avec le monde, prendre du recul pour mieux le voir, et « s'organiser pour apprendre à s'aimer vraiment ».


Assumer l'optimisme. Et si une autre fin était possible ?

Tout en proposant un regard lucide sur la société contemporaine et la désespérance sociale qui la traverse, le film d'Alain Raoust s'inscrit volontairement du côté de ceux qui rêvent et qui ne perdent pas espoir. Peut-on encore envisager un épilogue heureux ? Le cinéaste prend le parti réjouissant de faire un pied de nez à toute logique narrative menant à la déploration. Dans une entorse vivifiante à la règle, il oppose un optimisme solaire teinté de romanesque, dont les accents lyriques n'ôtent en rien la portée politique du film. Il nous interroge sans détour sur notre rapport aux utopies. De quoi un mouvement de contestation est-il l'expression quand il s'achève ? Qu'est-ce qui va naître à partir de là ? De quoi, après la disparition d'une utopie, peut-on s'emparer de concret ? Salomé répond à la question. Une nouvelle utopie. Comme dans une course de relais...

Publié le lundi 22 juillet 2019
Mis à jour le vendredi 26 juillet 2019

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Rêves de jeunesse

Un film de Alain Raoust

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