Plus égal moins

Jean-Henri
Roger

Cinéaste

(...) La situation n'a peut-être pas empiré mais les problèmes se sont déplacés. La question de la visibilité des films aujourd'hui c'est celle de la libération des écrans. Tiens, un slogan burlesque : "libérez les écrans !"

Il y a aujourd'hui 5200 écrans soit, je crois, quelques centaines de plus qu'il y a dix ans. Pourtant on déprogramme toujours avec autant de violence des films indépendants alors qu'ils font des entrées respectables. Pas parce qu'il y a plus de « films-ritournelle d'auto-justification des acteurs de la concentration », le nombre de sorties est resté stable depuis dix ans, en revanche ce qui a changé, c'est le monde de l'exploitation hyper concentré et le mode de sortie des films. Il n'est pas rare de voir dans une même semaine, plusieurs films s'étaler sur 600 écrans ou plus, alors qu'il y a encore cinq ans les grosses sorties se faisait sur 400 écrans, et les exceptionnelles sur 600. La semaine dernière (qui n'a rien de remarquable, les monstres de Noël sont encore devant nous), 3 films avaient respectivement 856, 600 et 581 écrans. Les 5 premiers films du box-office totalisent 2801 écrans soit plus de 50 % des écrans disponibles.


Celui qui a 581 écrans est en 5ème semaine et fait une moyenne de 347 entrées/copie.

Celui qui dispose de 856 ecrans est en 3ème semaine et fait 360 entrées/copie. La plus grosse sortie de la semaine 600 écrans fait 672 entrées/copie. Pour l'anecdote, c'est celui qui a le moins d'écrans en première semaine (456), qui fait le plus d'entrées (1039).


Question : à combien d'entrées/semaine se fait décrocher un film indépendant ? Nous connaissons tous la réponse : pour les grandes villes autour de 800 entrées. Et voilà, les films qui sortent sur 10 écrans sont moins bien traités que ceux qui occupent massivement l'espace.


Résultat : plus d'écrans égal moins de diversité.

Jean-Henri Roger

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Cinéaste


Publié le lundi 23 octobre 2017
Mis à jour le lundi 23 octobre 2017

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