SOUS LES ÉCRANS, LA DÈCHE

Nous sommes des travailleur.se.s des festivals de cinéma, alternant CDD d'usage, contrats de vacation, auto-entreprenariat, missions d'indépendants, droits d'auteur et périodes de chômage afin que chaque année une nouvelle édition des festivals et/ou événements puisse avoir lieu, accueillir du public, recevoir des artistes, présenter des œuvres originales.


Nous cumulons des missions de courte durée (de 1 à 6 mois) car cela correspond aux besoins des festivals de cinéma qui renforcent leurs équipes graduellement jusqu'à l'événement. L'existence même des festivals serait remise en cause sans ces contrats temporaires faisant appel à des compétences spécifiques, eux-mêmes renforcés par de nombreux stagiaires, services civiques et bénévoles. En dehors de ces périodes de forte activité, les salariés à l'année sont peu nombreux.


Si beaucoup d'entre nous ont rejoint le secteur par passion, nous sommes avant tout des professionnel.le.s compétent.e.s, immédiatement opérationnel.le.s et en même temps très flexibles, géographiquement mobiles et endurant.e.s au vu du nombre d'heures de travail effectuées dans un temps imparti très limité. Les métiers que nous exerçons, en lien permanent avec les artistes, le public, les techniciens et autres représentants du secteur, requièrent une grande résistance physique et psychologique.


Ces missions intenses, majoritairement réalisées par des femmes, sont mal rémunérées. Les nombreuses heures supplémentaires effectuées, en contrat ou hors contrat, considérées comme inhérentes à la profession, ne sont généralement ni payées, ni récupérées. L'expérience que nous avons acquise au fil des festivals, sur laquelle nos employeurs se reposent, n'a pas ou peu d'impact sur nos salaires, qui évoluent rarement, ne serait-ce qu'en fonction de l'inflation. De plus, chaque employeur propose des contrats différents, appliquant des politiques salariales disparates et parfois incompatibles entre elles.


Certaines structures recourent systématiquement à des CDD d'usage (saisonniers), un cadre légal qui leur permet d'économiser la prime de précarité. Nous ne bénéficions ni du statut d'intermittence, ni d'une sécurité de l'emploi : nous n'avons aucune assurance d'être repris.e.s sur nos missions d'une année à l'autre.


L'ancien système d'indemnisation chômage assurait à la plupart d'entre nous des conditions de vie précaires mais tolérables entre chaque festival. Avec la réforme de l'assurance chômage et le nouveau mode de calcul, les allocations vont baisser de manière drastique et les salariés en CDD n'auront plus la possibilité de maintenir un niveau de vie suffisant entre deux missions. Par conséquent, c'est tout l'écosystème des festivals qui est remis en cause. Cette réforme met en lumière l'absence de statut adéquat pour les travailleur.se.s de festival de cinéma et met gravement en péril nos emplois.


Nous travaillons de façon intermittente et nous exigeons un système de protection qui tienne compte de la spécificité de nos métiers. Nous demandons également que les structures qui nous emploient prennent leurs responsabilités et mettent en œuvre une politique de ressources humaines respectueuse, impliquant de réajuster leurs ambitions et de ré-arbitrer leurs budgets si nécessaire : celui consacré à l'équipe ne doit pas être la variable d'ajustement d'un festival !


Nous sommes les chevilles ouvrières de la politique culturelle à la française, un modèle dont nos politiques, depuis des années, vantent le rayonnement international, les résultats en termes de décentralisation, de maillage territorial, d'animation culturelle ou d'éducation à l'image – autant de mots qu'on pourrait remplacer par une notion simple, essentielle : « l'ouverture à l'autre ». Jusque-là, un consensus bancal existait entre nous, travailleurs.se.s précaires, employeurs et État, pour nous permettre de faire vivre la culture et de subsister de mission en mission. Il semblerait qu'aujourd'hui, ce consensus soit rompu et que la culture soit en danger. Il est urgent de trouver un nouveau modèle. Ensemble !

 

Le Collectif des précaires des festivals de cinéma


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Publié le mercredi 04 mars 2020
Mis à jour le mercredi 04 mars 2020

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