Rojo

Un film de Benjamín Naishtat

Rojo

Un film de Benjamín Naishtat

Argentine, France, Brésil, Pays-Bas, Allemagne - 2018 - 109 min

Argentine, 1975. Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du régime en place. Lors d’un dîner, il est violemment pris à parti par un inconnu et l’altercation vire au drame. Claudio fait en sorte d’étouffer l’affaire, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.

Avec :
Dario Grandinetti , Alfredo Castro , Andrea Frigerio et Diego Cremonesi

EN SALLE

Sorti le 03 juillet 2019

En salle

À propos de Rojo

Dès le début, un troublant malaise s'installe qui ne nous quittera plus, à travers une scène inaugurale absolument virtuose, drôle et terrible à la fois, qui contient et concentre tous les éléments que le film à venir va patiemment déplier, l'un après l'autre, brossant ainsi, touche par touche, le portrait d'une société au bord de l'abîme. Cet abîme, c'est la dictature qui s'est abattu sur l'Argentine en 1976, un an après l'intrigue de Rojo qui prend ainsi l'air d'une répétition générale de la tragédie à venir, dont l'ensemble du pays deviendra alors le théâtre.

Aussi, tout le film est-il travaillé de l'intérieur par un certain pourrissement ; l'atmosphère crépusculaire, moralement nauséabonde, apocalyptique, insinue son parfum de mort dans toutes les institutions – famille, école… – préparant le terrain de cette dictature qui attend son heure. Le talent de Benjamin Naishtat réside dans son habileté jamais démonstrative à circuler d'un personnage à l'autre, d'un lieu à l'autre, au rythme de cette contamination des âmes qui n'épargnera, au bout du compte, personne. Si le film joue avec des archétypes – le notable provincial, le détective, l'adolescente… – il veille toujours à les décaler vers un certain inattendu qui les rend terriblement, atrocement humains, sans psychologisation ni déterminisme – et donc sans les dédouaner de leur responsabilité. Les citations formelles au cinéma et aux séries télévisées des années 70 sont moins un clin d'oeil complice au spectateur, un effet de mode ou un pastiche, qu'un biais par lequel fouiller la mémoire d'un peuple qui a organisé sa propre amnésie et l'obliger ainsi à regarder en face ce qui a eu lieu, ne pas reconduire le déni propre aux années 70 : Rojo comme fable morale sur les promesses non-tenue d'une époque qui se voulait légère, libératrice, émancipatrice, et qui va au contraire se révéler un piège mortel pour tous ceux qui désiraient penser, agir et vivre librement. Enfin, la force du film réside dans sa propension à ménager de savoureux moments d'humour, un humour jamais cynique, mais bien plutôt absurde, noir ; sombre de cette obscurité propre aux périodes qu'on a dites, à raison, « obscurantistes » ; de cette obscurité propre également aux disparitions.


Clément Schneider

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À propos de Rojo

Une maison qui se vide, un personnage improbable qui veut une place assise dans un restaurant, un avocat hiératique, une jeune fille sage, une famille bourgeoise, un ami qui corrompt ceux qui se laissent corrompre, un mort, des soupçons. 

A partir de ces éléments dignes d'un polar à la Chabrol, Benjamín Naishat réalise un film politique d'une extrême tension, en équilibre permanent entre le minimalisme de la mise en scène et la singularité de situations décalées aux conséquences dramatiques. Par petites touches incisives et parfois drolatiques, comme l'alliance avec les États-Unis et la visite de cow-boys aux lassos castrateurs, le film déroule les derniers instants de la présidence d'Isabel Perón, juste avant la prise du pouvoir par le général putschiste Jorge Videla. Tourné aux confins du désert, le portrait de cette petite ville et des ses habitants s'inscrit au coeur des strates d'une histoire complexe de l'Argentine, jalonnée de coups d'états et de répression sanglante. Dans le confinement d'un cabinet d'avocat se joue la complicité d'une société qui s'arrange avec l'horreur des disparitions au nom de ses petits intérêts personnels. Par de-là les murs capitonnés, Rojo s'impose à nos regards comme une œuvre qui réveille les consciences.

Daisy Lamothe

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