À PROPOS DE L'ANGLE MORT

Aurélia
Barbet

Cinéaste

Laure
Vermeersch

Au début étaient l'enfant et son don d'invisibilité. L'incroyable séquence d'ouverture donne le La de la mise en scène : ample et virevoltante, précise et attentive.

Cinéastes trop rares dans le paysage cinématographique français, Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard nous offrent la réjouissance d'un film fantastique, un conte où les fées se penchent sur un berceau, catapulté dans une ville contemporaine de souterrains, de nuits illuminées et de jours trop crus. Ils convient les jeux d'esprit que les petits élaborent à coups de super-pouvoirs et de doux délires, mais filment alors que le délice de l'enfant est devenu la condition paradoxale de l'adulte.

Après Dancing et L'Autre, ils élaborent un nouvel espace intérieur et métaphysique où leur personnage principal, Dominick, s'abrite maladroitement de la violence du monde. Cette fois, ils lui confèrent une aura concrète, visible, dont l'explication surnaturelle ouvre à l'intime une brèche entre le réalisme politique et l'art de faire tourner devant la lanterne des images fortes et énigmatiques. Dominick est doué d'une force vitale qui ne va pas de soi. Corps nu, il incarne la violence d'être noir dans une société discriminante rappelant peut-être le Ralph Ellison de Invisible Man. Son cheminement ouvre pourtant à l'angoisse commune de vieillir, et celle diffuse et entêtante de ne vivre sa vie qu'à moitié.


In the beginning, there was the child and his gift: invisibility. The opening sequence lets us tune into the mise en scène: sweeping and twirling, precise and attentive. Pierre Trividic and Patrick-Mario Bernard, two filmmakers too rare in the French cinema scene, offer us the glee of a fantasy film. A tale where fairies lean over a cradle, set in a contemporary city of underground passages, nights filled with light and harshly lit days. They invite the mind games children elaborate with super powers and soft frenzies, but roll their cameras when the child's delight has become the paradoxical condition of the adult. After their films Dancing and The Other One, they draft a new space, both internal and metaphysical, where Dominick, their lead character, clumsily shelters from the violence of the world. This time they bestow upon him a concrete and visible aura, for which the supernatural explanation cracks open a gap into the intimate, between political realism and the art of spinning in front of the magic lantern strong and enigmatic images. Dominick is given a vital energy, which is not obvious. Naked, he embodies the violence of being black in a discriminating society, recalling perhaps Ralph Ellison from Invisible Man. His journey however, questions a common anxiety in growing old, along with another more persistent and nebulous emotion of not living one's life fully.   

Aurélia Barbet

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Cinéaste

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Administratrice


Laure Vermeersch


Publié le lundi 29 avril 2019
Mis à jour le lundi 29 avril 2019

Paroles de cinéastes

L'Angle mort

Un film de Patrick Mario Bernard

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