Poursuite

"La Révélation Marina Déak"







"Je vois trop de films français déconnectés de la vie"





La jeune réalisatrice Marina Déak associe fiction et documentaire dans son premier long-métrage, Poursuite. Un portrait de femme réaliste et émouvant.




Peu importe à quel registre appartient le premier long-métrage de Marina Déak, si la manière qu'il travaille est fictionnelle ou documentaire, si son inspiration est autobiographique ou imaginaire. Ces questions de dispositif, bien qu'essentielles dans la compréhension du mouvement de ce très beau film, ne sauraient le réduire à un simple exercice de style ou, pire, à une tentative de simulation du réel par la fiction (et inversement). Car il se situe bien au-delà des querelles de genre : dans une zone hybride, déjà explorée par Isabelle Czajka, où le réel s'agrège à la fiction, et l'intime au collectif (voir la séquence programmatique dans le métro qui ouvre le film).


L'histoire de Marina Déak (à supposer que ce soit la sienne) pourrait être celle de n'importe quelle femme d'aujourd'hui, la chronique d'une fuite (Poursuite) vers un horizon indéfini. On ne sait pas trop ce qui motive la marche aveugle de son personnage, Audrey (incarnée par la réalisatrice), sinon son rejet des conventions bourgeoises : le mariage, la propriété, la réussite professionnelle.. Elle leur préfère les plans d'un soir, la vie en location précaire et l'intérim ; bref, la liberté sans garanties. Mais Audrey, c'est là l'essentiel, est aussi une mère divorcée bientôt dans la quarantaine, dont l'enfant se charge de la ramener brusquement à la réalité du monde tel qu'il va. Comme elle est incapable de choisir entre son indépendant et ses responsabilités, elle a confié son fils à sa mère et invente une sorte de garde modulable, en fonction des envies, des disponibilités. A ce moment du récit, le film opère un premier décrochage brutal, abandonnant don fil narratif pour une voie documentaire. Face caméra, d'autres femmes anonymes témoignent de la difficulté d'être mère, de ce compromis permanent entre désirs et obligations. La fiction s'efface (presque) dans ces quelques séquences très justes pour une captation directe du réel, comme si l'histoire d'Audrey devenait emblématique d'une vérité générale : un portrait de femmes au pluriel.


L'empreinte du récit reviendra par intermittence pour rappeler que nous ne sommes pas vraiment dans un documentaire, et que la parole d'Audrey vaut toutes les interviews. Surtout lorsqu'elle lève un tabou en avouant craindre un "face-à-face" avec son fils - une rencontre que Marina Déak n'organisera qu'une fois, dans une conclusion déchirante, isolant enfin dans le plan la mère et son enfant. Malgré cet aveu qui tient le film dans la tension d'une cohabitation impossible, Poursuite ne cède jamais aux tentations moralistes (est-ce une mère indigne?) ou aux ornières d'un cinéma psychologique hors du monde. Ca là où Christophe Honoré invoquait les ressorts de la fable sur un sujet similaire (Non ma fille, tu n'iras pas danser, 2009), Marina Déak raccorde son récit d'émancipation à une réalité sociale saisie avec une rare acuité. Si Audrey n'assume pas pleinement son rôle de mère (vivre avec son fils, par exemple), c'est aussi que son statut de femme divorcée et de petite employée de bureau la condamne à rester dans des studios minables, à compter les derniers euros qui la maintiennent debout. L'anticonformiste n'est plus uniquement une destinée romantique.



Romain BLONDEAU





Publié le lundi 30 novembre -1
Mis à jour le lundi 30 novembre -1

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Poursuite

Un film de Marina Déak

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