Bella e perduta

Un film de Pietro Marcello

Bella e perduta

Un film de Pietro Marcello

Italie - 2015 - 86 min

Tommaso, simple berger, veille jusqu’au jour de sa mort sur un palais abandonné dans la région de Naples en proie aux pillages et réduit à l’état de décharge par la Camorra.
Polichinelle émerge alors des profondeurs du Vésuve pour accomplir sa dernière volonté : prendre soin d’un jeune buffle. Ils voyagent ensemble à travers les paysages sublimes de l’Italie.
Entre mythe et réalité, une fable sur l’Italie contemporaine, belle et perdue. 

Avec :
Sergio Vitolo , Gesuino Pittalis , Tommaso Cestrone et Elio Germano

Sorti le 01 juin 2016

À propos Bella e perduta

Un film qui change le regard


Comment parler de notre temps ? Comment raconter la violence d'une réalité qui est celle de la Campanie et de la camorra - mais pas seulement. Comment faire rêver le spectateur, lui permettre d'espérer - mais sans abandonner le réel. Comment le faire ‘'décoller'' à partir des débris défigurés de la splendeur du monde, au plus près de cette défiguration ?

C'est l'alchimie que réussit Pietro Marcello dans son film Bella et perduta. De ces débris, il fait du neuf. Du plomb, il fait de l'or. Cette transmutation, il nous l'offre et elle nous transporte. Son film nous transporte.


Le mouvement intérieur qui l'a mené de Tommaso, le berger gardien du palais confronté aux réalités les plus sordides, aux figures mythiques d'une Italie éternelle, il nous le communique, nous le vivons après lui.

Le bouleversement qu'a été pour lui la mort soudaine en plein tournage, de Tommaso, devenu son ami, il le dépasse, il le transcende. Il en fait même le moteur secret de son film. 

Le cinéma est sublimation du réel, ou bien il n'est pas. Nos souffrances et nos révoltes, si vraies et si justifiées soient-elles, n'ont aucun sens pour le spectateur si elles ne donnent pas naissance à une beauté partagée – une beauté unique qui donne lieu à une expérience unique.

Qu'un film puisse provoquer en nous cette expérience unique, même si ce film s'inscrit bien sûr dans une filiation (on pense ici à Olmi et à Rossellini), qu'une telle expérience ait pour effet de nous arracher à nos lieux communs, à nos habitudes de penser, pour nous ouvrir la porte d'un autre monde, c'est bien cela que nous attendons du cinéma. Car, à la différence de bien des films, ce n'est pas seulement une “vision” ou un ‘'point de vue'' que nous propose Bella e perduta, c'est un monde. Un monde imaginaire qui existe par la force des images et des personnages, par leur présence mystérieuse et pourtant réaliste, un monde qui prend, le temps d'une projection, la consistance d'un monde réel.

Après la vision de Bella e perduta, lorsque la salle s'est rallumée, la réalité ne nous apparaissait plus tout à fait la même… Bella e perduta avait changé notre regard.


Claudine Bories

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Cinéaste


Patrice Chagnard

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de Bella e Perduta

À l'instar des battements qui ont rythmé plus d'un siècle d'Histoire du cinéma, voilà que derechef son plus beau chant parvient jusqu'à nous d'un souffle transalpin. Pietro Marcello signe Bella e perduta. Conte élégiaque intemporel, où l'écran sur lequel défilent ces images se mue lentement en matière organique dans un monde mécanique. Où le lien si souvent brisé, aujourd'hui, entre l'homme et la nature, entre l'homme et sa nature, se renoue dans un élan panique, au rythme d'une composition picturale bâtie avec un soin infini : les aubes, les crépuscules, les contre-jours s'harmonisent avec ces respirations, celles de l'homme, de l'animal, et du regain de vie dans un monde perdu. Celui qui n'est pas capable de faire son bonheur avec la simplicité ne réussira que rarement à le faire, et à le faire durable, avec l'extrême beauté, disait le poète. Contempler cette œuvre, exister dans l'obscurité de la salle, espace hors temps par essence, c'est retrouver avec émoi ces grandes partitions cinématographiques, en être le digne héritier, croiser par le plus heureux des hasards cet ami perdu, mais jamais oublié, qui s'anime, là, devant soi, dans une dynamique de geste que le cinéma a su si souvent reproduire, dans le sens que lui donnait Walter Benjamin. L'image en mouvement prend alors toute sa dimension, celle d'une respiration tellurique, où le voyage et l'aventure se libèrent sur les premiers chemins de traverse. Rien n'oblige autant à regarder les choses que de faire un film écrivait Pier Paolo Pasolini dans ses Lettres luthériennes. L'Italie que Pietro Marcello convoque dans le blanc du regard, originelle, parfois absente à elle-même, se pare soudain d'une insaisissable beauté, qui nous laisserait presque perdus, mais jamais esseulés.

Emmanuel Vigne

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programmateur


Le Méliès Port-de-Bouc
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