Un an après - Hommages à Artemio Benki

Cela fait déjà un an, ce 15 avril 2021, qu'Artemio Benki nous a quittés. Réalisateur de SOLO, film programmé à l'ACID Cannes 2019, nous avions eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises et de célébrer son travail. Nous tenons à lui rendre hommage, en collaboration avec Nour Films, en regroupant la parole de trois cinéastes de l'ACID et de celles et ceux qui l'ont côtoyé et à qui son talent de réalisateur et producteur ainsi que sa grande gentillesse manquent cruellement.

Les cinéastes et l'équipe de l'ACID


HOMMAGES

Je me souviens comme d'hier de ma première rencontre avec Artemio. Il arrivait après une journée intense entre Prague, Moscou et Paris. Il avait cette soif infatigable de mouvement, de nouveautés, une énergie à lui toute intérieure. Ce soir là comme souvent, ses yeux pétillaient de malice et de finesse. Quelques mois plus tard, il me parlait de son projet de film devenu SOLO. Nous avions fait abstraction de l'ambiance de ce petit bar du 18ème arrondissement et il m'avait conté son personnage Martin. L'image de ce pianiste s'exerçant à même le bois d'une table avait fait surgir en lui un souvenir d'enfance : petit, Artemio avait demandé à ses parents un piano, et il avait dû faire preuve de la force de son désir en jouant tout d'abord sans instrument se contentant d'une table. J'avais compris en l'écoutant que ce film était profondément ancré en lui et qu'il aurait une façon tout à fait singulière de filmer Martin. Ce fut comme un pacte à l'origine du film et de sa force.

Artemio jouait aux échecs comme son fils Eliott dont il parlait souvent, Artemio dansait comme ce soir à Cannes après la projection de son film avec toute son équipe, Artemio aimait à réfléchir, inventer, créer et sans cesse repousser les limites. Lutter contre ses fragilités constituait finalement sa force. Disparu il y a un an pendant cette étrange période de confinement, il nous manque. Son film nous accompagne, il sortira bientôt dans les salles de cinéma, après leur réouverture.

Rebecca Houzel, co-productrice de SOLO



C'est un soir d'août 2019, un vendredi soir dans un théâtre de cinéma et d'arbres fantôme, un souvenir de l'irréel qui coule en moi, il est là petit bonhomme de vent devant un parterre de cinq cent personnes, c'est la présentation de SOLO son film, à ses coté sur la scène ses producteurs,  sa productrice française Rebecca  et sa monteuse Jeanne.

Artemio comme une présence déjà passée est là et ailleurs en même temps. SOLO va appartenir désormais au regard des spectateurs, quelques questions banalement nécessaires me reviennent. Artemio est sans réponse, juste un peu perdu, sa monteuse est là en sauveuse pour le ramener sur terre, elle lui lance des cordages pour éviter la noyade,  lui est aérien comme resté aimanté par Martin son personnage Ami Musicien Psychotique.

Ce film c'est 3 ans de suivi, une relation au-delà du raisonnable comme seul les créateurs s'y jettent, Martin c'est tout à la fois l'homme psychotique l'homme musicien l'homme libre et enfermé, suffisamment vertigineux pour emplir une bouteille de vie. 

L'irréalité de ce moment irrigue encore ma mémoire !  

Mais l'ami Mio Arte,  Artemio, tout n'est pas fini on va se revoir dans quelques semaines quand les salles vont rouvrir et que la comète Solo va fleurir les écrans du printemps.

Jean-Marie Barbe, réalisateur et fondateur des États Généraux et de Tënk



Jamais je n'ai côtoyé réalisateur en si pleine communion avec son personnage. L'un est ogre gigantesque, l'autre était lutin facétieux, mais ces deux-là se sont trouvés et reconnus, frères d'âme au-delà du langage.

Artemio était pétri d'angoisses, craignait que son film ne soit pas assez juste, pas assez torturé, pas assez fou, pas assez vibrant, en un mot pas assez grand pour Martin et l'éclat complexe qu'il avait vu en lui. Il plaçait haut son exigence, tant sa foi dans le cinéma était immense, inébranlable, comme celle d'un enfant. Mais pourtant, bien qu'effrayé parfois par l'ampleur de la tâche, il n'était pas rare qu'il débarque avec des fleurs ou du champagne pour célébrer la joie de créer ensemble.

C'est avec beaucoup de confiance qu'il m'a livré sa matière, mélange heureux, fragile, douloureux et puissant d'images et de sons tenus ensemble par la force de leur relation, Artemio et Martin, filmeur-filmé. Et le plus difficile en montant ce film, mais aussi le plus excitant, le plus passionnant, fut de rendre partageable pour le spectateur ce qui précisément les liait et n'appartenait qu'à eux.

Je me souviens d'un jour d'été dans la courette du studio, Artemio comme un lion en cage, verres fumés sur le front, cigarettes à la chaîne. Un jour comme il y en a parfois en montage, où le doute mordait aussi fort que le soleil. Soudain nous nous sommes dit qu'il fallait raconter l'histoire d'un homme pour qui la création était tout à la fois sa malédiction et son salut. Vu d'ici, aujourd'hui, ça paraît simple, naïf, peut-être même banal. Mais ce jour-là j'ai su que nous ouvrions ensemble une porte. Et que ce chemin était aussi la folle lutte, le combat joyeux d'Artemio lui-même.

Un an après son départ, impatiente que son beau film vive en salle, reconnaissante de l'avoir connu et accompagné, je souris à son esprit, son humour et son élégance.

Jeanne Oberson, monteuse de SOLO



Ma première rencontre avec ARTEMIO fut il y a vingt ans pour assurer le tournage à PRAGUE d'un film avec Kieffer SUTHERLAND sur Gauguin. Son atypisme vestimentaire restera un grand souvenir pour moi et ce fut une image ancrée dans mon esprit tout au long de sa vie hélas trop courte. Depuis nous avions fait ensemble 7 à 8 films qui furent, grâce à son regard et à sa créativité de grands moments de plaisir, car même si ARTEMIO savait qu'il assurait une prestation de production exécutive, il avait l'intelligence de parfaitement comprendre les films qu'on lui proposait et son honnêteté intellectuelle lui imposait de tout mettre au profit de la qualité des œuvres... 

En fait cela révélait clairement sa passion pour le cinéma, son appétit pour la réalisation et la production de ses propres films... Il devenait évident qu'après ce premier documentaire SOLO qui paradoxalement nous avait permis de nous retrouver en Argentine, Artemio passerait à la fiction... Nous avions encore parlé par téléphone de projet de séries trois mois avant son décès, et Artemio arborait la même insouciance et la même pudeur qu'il a toujours eu, quelque soit les circonstances. 

Sa disparition fut pour moi un des chocs les plus douloureux de ma vie, alors que nous n'étions pas intimes, et son image de profonde gentillesse m'accompagne au quotidien.

Georges Campana, producteur


La première rencontre avec Artemio a eu lieu lors d'une fête à Karlovy Vary en 1992. J'avais rejoint des copains étudiants de la Famu, tandis qu'Artemio devait être en train de faire son premier film dans un village tzigane. On s'est revus la nuit à Prague, avec sa grande collaboratrice Armelle Verenka, avant que je ne quitte définitivement en 94 la Tchéquie pour le Portugal puis le Maroc. Mais c'est en 2000, à Split que notre trio amical, inséparable et noctambule a vraiment démarré. J'y étais jury pour la section expérimental, Artemio et Armelle présentaient le film collectif « Prague Stories », un film nocturne, élégant, un peu dandy qui leur ressemblait beaucoup !

Première assistante sur INTRUSION réalisé par Artémio, j'ai enchaîné en 2003 comme scripte sur le court métrage JOUR ET NUIT d'Armelle, où Artemio y campait un patient énigmatique d'une Institution Psychiatrique qui préfigurait bien SOLO, il joue d'ailleurs une scène avec la comédienne Mélanie Leray. La bande s'est disloquée quelques temps après, un peu dans l'amertume, chacun est parti de son côté, ailleurs.

En 2017 à Cannes, à nouveau nous rediscutions ensemble avec une impertinence infinie, tous les deux très impliqués à réaliser nos documentaires.

A Lussas en plein air (et pas à Cannes), j'ai enfin découvert SOLO en sa compagnie. C'était une grande joie, de regarder son film sur un écran immense, de le voir si bien accueilli après tout ce temps où il s'est tant battu pour exister comme auteur virtuose et pas seulement comme producteur. Au delà de l'élégance, il y avait dans SOLO tant de délicatesse et de pudeur, tant d'Artemio!

Il s'était aussi inquiété de savoir auprès de moi - qui était proche de la mère de Eliott, son fils - ce qu'on disait de lui. Je lui avais dit bien des jolies choses et je garde en mémoire son sourire malicieux et heureux ! Et pourtant, son dos le faisait atrocement souffrir. Je n'avais aucune idée que sa maladie allait l'emporter quelques mois plus tard.

Artemio faisait partie de ma jeunesse, notre jeunesse n'était plus soudainement.

En juin, j'irai revoir SOLO en salle.

Sophie Delvallée, autrice-réalisatrice



Quelques mots rédigés par les cinéastes de l'ACID à l'annonce de sa disparition le 15 avril 2020...


Artemio Benki nous a quittés. À l'ACID, nous l'avons rencontré par son film d'abord, SOLO, que nous avons aimé pour son intelligence sensible, la fragilité et la persévérance alliées ensemble. Puis nous avons rencontré Artemio en chair et en os à Cannes, dans une grande joie, le partage de cette émotion, de l'exigence qui lui avait donné vie. Artemio avait dansé toute la nuit (nous pensons aussi à sa monteuse et aux producteurs qui l'accompagnaient, avec la même joie, alors) ! Il va nous manquer.

SOLO nous reste, avec sa musique obstinée, sa tristesse et ses élans : une émotion vivante

Nous pensons chaleureusement à son petit garçon, rencontré lors de la reprise ACID au Louxor, levant fièrement la main dans la salle après la projection de SOLO, ainsi qu'à la mère de celui-ci et à tous ses proches. 


SOLO - SOUTIEN DES CINÉASTES DE L'ACID


Le texte de soutien des cinéastes de l'ACID Marina Déak et Michaël Dacheux, ainsi que celui de Maria Reggiani sont à retrouver sur la fiche film de SOLO.

Publié le jeudi 15 avril 2021

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Solo

Un film de Artemio Benki

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A PROPOS DU FILM

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