Solo

Un film de Artemio Benki

Solo

Un film de Artemio Benki

France, République tchèque, Argentine, Autriche - 2019 - 85 min

Martín, pianiste virtuose et compositeur argentin, sort d’un séjour à l’hôpital psychiatrique. Absorbé par la création de sa prochaine oeuvre, il tente de faire face à sa maladie et de retrouver une vie en société. Avec la perspective, un jour peut-être, de jouer à nouveau devant un public.

SORTIE NATIONALE

30 juin 2021

Sortie à venir

Un an après - Hommages à Artemio Benki

Cela fait déjà un an, ce 15 avril 2021, qu'Artemio Benki nous a quittés. Réalisateur de SOLO, film programmé à l'ACID Cannes 2019, nous avions eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises et de célébrer son travail. Nous tenons à lui rendre hommage, en collaboration avec Nour Films, en regroupant la parole de trois cinéastes de l'ACID et de celles et ceux qui l'ont côtoyé et à qui son talent de réalisateur et producteur ainsi que sa grande gentillesse manquent cruellement.

Les cinéastes et l'équipe de l'ACID


HOMMAGES

Je me souviens comme d'hier de ma première rencontre avec Artemio. Il arrivait après une journée intense entre Prague, Moscou et Paris. Il avait cette soif infatigable de mouvement, de nouveautés, une énergie à lui toute intérieure. Ce soir là comme souvent, ses yeux pétillaient de malice et de finesse. Quelques mois plus tard, il me parlait de son projet de film devenu SOLO. Nous avions fait abstraction de l'ambiance de ce petit bar du 18ème arrondissement et il m'avait conté son personnage Martin. L'image de ce pianiste s'exerçant à même le bois d'une table avait fait surgir en lui un souvenir d'enfance : petit, Artemio avait demandé à ses parents un piano, et il avait dû faire preuve de la force de son désir en jouant tout d'abord sans instrument se contentant d'une table. J'avais compris en l'écoutant que ce film était profondément ancré en lui et qu'il aurait une façon tout à fait singulière de filmer Martin. Ce fut comme un pacte à l'origine du film et de sa force.

Artemio jouait aux échecs comme son fils Eliott dont il parlait souvent, Artemio dansait comme ce soir à Cannes après la projection de son film avec toute son équipe, Artemio aimait à réfléchir, inventer, créer et sans cesse repousser les limites. Lutter contre ses fragilités constituait finalement sa force. Disparu il y a un an pendant cette étrange période de confinement, il nous manque. Son film nous accompagne, il sortira bientôt dans les salles de cinéma, après leur réouverture.

Rebecca Houzel, co-productrice de SOLO



C'est un soir d'août 2019, un vendredi soir dans un théâtre de cinéma et d'arbres fantôme, un souvenir de l'irréel qui coule en moi, il est là petit bonhomme de vent devant un parterre de cinq cent personnes, c'est la présentation de SOLO son film, à ses coté sur la scène ses producteurs,  sa productrice française Rebecca  et sa monteuse Jeanne.

Artemio comme une présence déjà passée est là et ailleurs en même temps. SOLO va appartenir désormais au regard des spectateurs, quelques questions banalement nécessaires me reviennent. Artemio est sans réponse, juste un peu perdu, sa monteuse est là en sauveuse pour le ramener sur terre, elle lui lance des cordages pour éviter la noyade,  lui est aérien comme resté aimanté par Martin son personnage Ami Musicien Psychotique.

Ce film c'est 3 ans de suivi, une relation au-delà du raisonnable comme seul les créateurs s'y jettent, Martin c'est tout à la fois l'homme psychotique l'homme musicien l'homme libre et enfermé, suffisamment vertigineux pour emplir une bouteille de vie. 

L'irréalité de ce moment irrigue encore ma mémoire !  

Mais l'ami Mio Arte,  Artemio, tout n'est pas fini on va se revoir dans quelques semaines quand les salles vont rouvrir et que la comète Solo va fleurir les écrans du printemps.

Jean-Marie Barbe, réalisateur et fondateur des États Généraux et de Tënk



Jamais je n'ai côtoyé réalisateur en si pleine communion avec son personnage. L'un est ogre gigantesque, l'autre était lutin facétieux, mais ces deux-là se sont trouvés et reconnus, frères d'âme au-delà du langage.

Artemio était pétri d'angoisses, craignait que son film ne soit pas assez juste, pas assez torturé, pas assez fou, pas assez vibrant, en un mot pas assez grand pour Martin et l'éclat complexe qu'il avait vu en lui. Il plaçait haut son exigence, tant sa foi dans le cinéma était immense, inébranlable, comme celle d'un enfant. Mais pourtant, bien qu'effrayé parfois par l'ampleur de la tâche, il n'était pas rare qu'il débarque avec des fleurs ou du champagne pour célébrer la joie de créer ensemble.

C'est avec beaucoup de confiance qu'il m'a livré sa matière, mélange heureux, fragile, douloureux et puissant d'images et de sons tenus ensemble par la force de leur relation, Artemio et Martin, filmeur-filmé. Et le plus difficile en montant ce film, mais aussi le plus excitant, le plus passionnant, fut de rendre partageable pour le spectateur ce qui précisément les liait et n'appartenait qu'à eux.

Je me souviens d'un jour d'été dans la courette du studio, Artemio comme un lion en cage, verres fumés sur le front, cigarettes à la chaîne. Un jour comme il y en a parfois en montage, où le doute mordait aussi fort que le soleil. Soudain nous nous sommes dit qu'il fallait raconter l'histoire d'un homme pour qui la création était tout à la fois sa malédiction et son salut. Vu d'ici, aujourd'hui, ça paraît simple, naïf, peut-être même banal. Mais ce jour-là j'ai su que nous ouvrions ensemble une porte. Et que ce chemin était aussi la folle lutte, le combat joyeux d'Artemio lui-même.

Un an après son départ, impatiente que son beau film vive en salle, reconnaissante de l'avoir connu et accompagné, je souris à son esprit, son humour et son élégance.

Jeanne Oberson, monteuse de SOLO



Ma première rencontre avec ARTEMIO fut il y a vingt ans pour assurer le tournage à PRAGUE d'un film avec Kieffer SUTHERLAND sur Gauguin. Son atypisme vestimentaire restera un grand souvenir pour moi et ce fut une image ancrée dans mon esprit tout au long de sa vie hélas trop courte. Depuis nous avions fait ensemble 7 à 8 films qui furent, grâce à son regard et à sa créativité de grands moments de plaisir, car même si ARTEMIO savait qu'il assurait une prestation de production exécutive, il avait l'intelligence de parfaitement comprendre les films qu'on lui proposait et son honnêteté intellectuelle lui imposait de tout mettre au profit de la qualité des œuvres... 

En fait cela révélait clairement sa passion pour le cinéma, son appétit pour la réalisation et la production de ses propres films... Il devenait évident qu'après ce premier documentaire SOLO qui paradoxalement nous avait permis de nous retrouver en Argentine, Artemio passerait à la fiction... Nous avions encore parlé par téléphone de projet de séries trois mois avant son décès, et Artemio arborait la même insouciance et la même pudeur qu'il a toujours eu, quelque soit les circonstances. 

Sa disparition fut pour moi un des chocs les plus douloureux de ma vie, alors que nous n'étions pas intimes, et son image de profonde gentillesse m'accompagne au quotidien.

Georges Campana, producteur


La première rencontre avec Artemio a eu lieu lors d'une fête à Karlovy Vary en 1992. J'avais rejoint des copains étudiants de la Famu, tandis qu'Artemio devait être en train de faire son premier film dans un village tzigane. On s'est revus la nuit à Prague, avec sa grande collaboratrice Armelle Verenka, avant que je ne quitte définitivement en 94 la Tchéquie pour le Portugal puis le Maroc. Mais c'est en 2000, à Split que notre trio amical, inséparable et noctambule a vraiment démarré. J'y étais jury pour la section expérimental, Artemio et Armelle présentaient le film collectif « Prague Stories », un film nocturne, élégant, un peu dandy qui leur ressemblait beaucoup !

Première assistante sur INTRUSION réalisé par Artémio, j'ai enchaîné en 2003 comme scripte sur le court métrage JOUR ET NUIT d'Armelle, où Artemio y campait un patient énigmatique d'une Institution Psychiatrique qui préfigurait bien SOLO, il joue d'ailleurs une scène avec la comédienne Mélanie Leray. La bande s'est disloquée quelques temps après, un peu dans l'amertume, chacun est parti de son côté, ailleurs.

En 2017 à Cannes, à nouveau nous rediscutions ensemble avec une impertinence infinie, tous les deux très impliqués à réaliser nos documentaires.

A Lussas en plein air (et pas à Cannes), j'ai enfin découvert SOLO en sa compagnie. C'était une grande joie, de regarder son film sur un écran immense, de le voir si bien accueilli après tout ce temps où il s'est tant battu pour exister comme auteur virtuose et pas seulement comme producteur. Au delà de l'élégance, il y avait dans SOLO tant de délicatesse et de pudeur, tant d'Artemio!

Il s'était aussi inquiété de savoir auprès de moi - qui était proche de la mère de Eliott, son fils - ce qu'on disait de lui. Je lui avais dit bien des jolies choses et je garde en mémoire son sourire malicieux et heureux ! Et pourtant, son dos le faisait atrocement souffrir. Je n'avais aucune idée que sa maladie allait l'emporter quelques mois plus tard.

Artemio faisait partie de ma jeunesse, notre jeunesse n'était plus soudainement.

En juin, j'irai revoir SOLO en salle.

Sophie Delvallée, autrice-réalisatrice



Quelques mots rédigés par les cinéastes de l'ACID à l'annonce de sa disparition le 15 avril 2020...


Artemio Benki nous a quittés. À l'ACID, nous l'avons rencontré par son film d'abord, SOLO, que nous avons aimé pour son intelligence sensible, la fragilité et la persévérance alliées ensemble. Puis nous avons rencontré Artemio en chair et en os à Cannes, dans une grande joie, le partage de cette émotion, de l'exigence qui lui avait donné vie. Artemio avait dansé toute la nuit (nous pensons aussi à sa monteuse et aux producteurs qui l'accompagnaient, avec la même joie, alors) ! Il va nous manquer.

SOLO nous reste, avec sa musique obstinée, sa tristesse et ses élans : une émotion vivante

Nous pensons chaleureusement à son petit garçon, rencontré lors de la reprise ACID au Louxor, levant fièrement la main dans la salle après la projection de SOLO, ainsi qu'à la mère de celui-ci et à tous ses proches. 


SOLO - SOUTIEN DES CINÉASTES DE L'ACID


Le texte de soutien des cinéastes de l'ACID Marina Déak et Michaël Dacheux, ainsi que celui de Maria Reggiani sont à retrouver sur la fiche film de SOLO.

Article

À PROPOS DE SOLO

Ne pas céder sur le désir de vivre, le courage qu'il y faut parfois, face à la part d'ombre en soi : voici ce que Solo réussit à partager. Portrait attentif de Martín, pianiste argentin au sortir d'un séjour en hôpital psychiatrique, avec son endurance, son avancée sur le fil, et l'effondrement qui le menace à chaque pas ; et tout autant miroir, patient, drôle et pathétique, de notre fragilité, avec cet immense appétit que certains portent, qui les consume et qui les sauve, aussi. Martín n'en finit pas de trébucher, de se relever, de batailler avec ce qu'il est, et le film l'accompagne avec précision (rigueur des cadres et du découpage) et une tendresse infinie (grande délicatesse du montage). L'élan du film est tendu par ce simple savoir que vivre est un mystère suffisant pour qu'un récit avance et se construise dans l'imprévu – certaines ellipses deviennent ainsi bouleversantes, attestant combien Martín continue de tenir. Un savoir et aussi une confiance en la capacité du cinéma à enregistrer cette palpitation, qui est toujours une levée contre la peur du monde, des autres, de soi-même. La richesse des rencontres, des paroles et des silences, donne au film une vitalité et une grâce qui nous attrapent comme par surprise. Patient souci de l'autre qui nous permet d'accéder à une émotion profonde, au plus près de la musique du personnage. Et de la nôtre, nécessairement. 


Never giving up one's desire to live. The necessary courage of this requirement when facing our dark sides, is what Solo succeeds in sharing. Solo is the careful portrait of Martín, an Argentinian piano player, who has just sojourned in a psychiatric hospital. His stamina, his steps, but also his fall, threatening at each step. A portrait of Martín, as much as a mirror of our own fragility, all at once patient, funny, poignant. The film witnesses the incredible craving some people carry, which consumes and jails them and saves them all at once. Martín keeps falling, getting up, fighting against who he is. And the film follows him with precision (precision in the frames and shots) and an infinite tenderness (incredible gentleness of the editing). The film is stirred by this simple knowledge that living itself contains enough mystery for a narration to unfold and build upon the unexpected of existence- some omissions becoming overwhelming, testifying how much Martín tries to hold it together. A knowledge and a trust, beautiful and rare, in the recording power of cinema in order to accompany this palpitation, always a fight against the fear of the world, of others, of oneself. The fullness of the situations, the encounters, the places sought, words and silences, ventilate the film with a grace, which catch us as if by surprise. Patient attention to the other enabling a deep emotion, infinitely close to the music of the character. And to ours, inevitably.

Marina Déak

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Cinéaste


Michaël Dacheux

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de SOLO

En réalisant SOLO, Artemio Benki nous offre le portrait bouleversant de Martin Perino, un jeune pianiste argentin prometteur, dont les ambitions démesurées de son entourage à son égard l'ont détruit. Nous voyons ainsi Martin errant dans un cadre délabré à l'intérieur duquel d'autres personnes à priori aussi paumées que lui espèrent des jours meilleurs. Puis une petite fenêtre s'ouvre sur son talent musical lorsqu'à plusieurs reprises, il fait danser ses doigts sur un clavier de fortune. Il joue pour lui mais aussi pour les autres, cherchant à apaiser la douleur de l'un, désespéré de ne pas évoluer, déclenchant chez une autre une envie de danser.


Martin s'exprime peu mais dit l'essentiel : son besoin viscéral de jouer pour survivre. Pour cela, il faut négocier avec la réalité. Toujours.

Privés d'instrument, ses doigts jouent sur la table de la cuisine, sur un mur, dans la terre, partout où ils peuvent se poser. Ils jouent comme Martin respire.

Sa respiration se fait pourtant de plus en plus courte tant la société, en l'abandonnant à propre sort, le prive de son oxygène. Il semble pourtant ramené à la vie, lorsque devant une classe fascinée par ses propos, il montre à l'aide d'un clavier comment la musique peut ralentir le temps, le suspendre ou au contraire l'accélérer.


Artemio Benki a su s'effacer pour laisser à Martin tout l'espace dont il a besoin pour remonter la pente. Il saisit avec délicatesse des fragments de cet homme talentueux, généreux et sensible. Touchant à l'âme humaine, il nous renvoie à nos fragilités et à notre impuissance dans un monde qui malgré nous, peut nous réduire à néant. Le réalisateur a choisi de poser sa caméra sur Martin, une manière de saluer son courage et son talent, de le faire exister avec élégance, pudeur et une sobriété qui relève de son regard et que l'on retrouve dans son cadre.

Ponctué de poésie et de métaphores, le déroulé de ce documentaire dont le montage subtil relève de l'orfèvrerie, nous conduit peu à peu, telle une introspection, dans les abîmes d'un être qui a tant à donner pour qui sait recevoir.


Comme beaucoup, j'ai reçu SOLO comme un cadeau, un portrait d'une profonde humanité.

Paroles de cinéastes

À propos de SOLO

SOLO est un film d'une extrême sensibilité, tout en retenue et en pudeur. Artemio Benki pose un regard empreint d'empathie et de bienveillance sur Martín, jeune pianiste virtuose et compositeur argentin. Exister, voilà le défi de Martín après un long séjour dans le plus grand hôpital psychiatrique d'Amérique Latine, le « Borda » de Buenos Aires. Porté par un appétit de vivre qui ne se démentira à aucun moment, y compris les plus sombres, il doit désormais revenir au monde et à la liberté, pour lui et pour sa musique.

Mais la démarche n'est pas chose facile. Il faut quitter la sécurité et la vie ordonnée de l'hôpital pour se lancer, sortir, réapprendre à vivre dans une certaine normalité – mais qu'est-ce que la normalité ? La confrontation au réel est douloureuse – le monde tel qu'il avance, avec ses exigences et ses outrances, et c'est bien dans cette société-là que Martín doit trouver sa place.

Dans sa tête, en permanence, il y a la musique et le piano. La création en « solo » de sa prochaine œuvre Enfermaria est sans aucun doute son moteur le plus puissant en même temps que la cause de son enfermement sur lui-même. Les silences ont pourtant une grande importance dans le film lorsque le réalisateur nous y laisse seuls, face aux turbulences intimes de celui que l'on surnomme le « Maestro ».

Sur cette frange fragile entre intérieur et extérieur, sur ce fil ténu entre Martín et le monde se pose l'enjeu du film. La puissance de cette œuvre documentaire émane bien sûr de la caméra d'Artemio Benki, précise, délicate et sincère mais aussi du montage, sans apparente linéarité, servant admirablement le propos. De l'hôpital psychiatrique à la ville, nous suivons, bouleversés, l'évolution de Martín, sa force intérieure et sa rage de vivre.

Frédéric Lecomte


Paroles de programmateurs

A propos de SOLO

Ça commence dans une ambiance de kermesse, par une petite fête sur le parvis du centre culturel de l'hôpital psychiatrique del Borda (Buenos Aires), où se mêlent soignants et patients. Martin, silhouette massive, s'avance comme engourdi et s'assoie à un piano installé pour l'occasion. Malgré son allure empruntée, ses mouvements ralentis par les effets des traitements médicamenteux, il parvient à jouer - comme s'il était seul au monde, et comme coupé de son propre corps. Il joue et dès que ses mains entrent en contact avec le clavier sa musique nous touche.

 

Peu à peu va se dessiner le portrait de Martin, enfant prodige, musicien, schizophrène. Artemio Benki impose la lenteur dans la découverte, le temps de nous défaire de nos idées, nos a prioris, nos croyances. De l'hôpital il filme des espaces ouverts. Dedans, une grande salle commune avec sa table, son piano, et son capharnaüm ; on y rencontre des patients isolés dans l'armure de leur folie, attirés par la force centrifuge de la musique de Martin. Dehors, un vaste parc arboré, propice aux conversations déambulatoires entre Martin et son ami Luis, interné avec lui. On en retient un lieu de vie avec ceux qui restent, ceux qui ont tenté de partir et sont revenus, et ceux de passage comme Solé, danseuse et complice du pianiste.

 

Le réalisateur s'intéresse à la maladie mentale de Martin du point de vue de ce qui entrave sa puissance d'agir et d'être, au sens où l'entend le philosophe Spinoza dans L'Éthique : qu'est-ce que je peux faire à partir de qui je suis, qu'est-ce que mon état m'empêche de faire ou de vivre. En quelque sorte, il filme avec insistance ce qu'il ne peut pas voir, la lutte de Martin. Il parvient à nous faire éprouver que celle-ci se pose en termes de territoire : gagner sur son angoisse et ses peurs, lutter pied à pied pour lui reprendre du terrain, arriver à quitter les lieux clos et familiers de l'asile pour se risquer à nouveau dans l'inconnu du dehors. Car l'enfermement est ailleurs ; la forteresse dont il s'agit est intérieure. Le réalisateur choisit de laisser à Martin, et à lui seul, le soin de la décrire : « Trop d'exigence avec soi-même, tu finis par te figer, rien ne rentre, rien ne sort. » Il fait le film avec son personnage, fidèle au parti pris de sa réalisation, qui ne saurait se dissocier d'une éthique.

 

SOLO met en scène une trajectoire sur le fil, enregistre un dégel, qui ressemble au mouvement de la musique partant du dedans pour aller vers le dehors. Certains plans des mains du pianiste nous font halluciner sur le cheminement de ses créations musicales, naissant de son chaos intérieur pour se frayer un passage jusqu'au bout des doigts, comme s'il était agi par elles. Artemio Benki alterne des plans larges et des plans rapprochés, où une caméra à l'épaule assez mobile cadre Martin de près, inscrivant du même coup la présence de l'équipe dans le film. On se demande pourquoi ne pas être gêné par cette proximité physique insistante. Peut-être parce que sa raison d'être s'apparente à une auscultation. Il ne s'agit pas de comprendre, mais de tendre l'oreille. Écouter le son du papier de la cigarette qui se consume quand Martin tire avidement de longues bouffées, comme si à certains moments c‘était la seule chose qui pouvait se négocier entre le dedans et le dehors. Écouter les silences, car ainsi que Martin le dit à des jeunes lycéens, c'est de la durée du silence entre deux notes que naît la musique.

 

Dans sa forme, le film se fait l'écho de ce rapport au silence et au temps, comme si le réalisateur en avait fait son adage. La curiosité humaniste d'Artemio Benki, la confiance qu'il place dans Martin, sa certitude qu'il apprend avec lui, nous dispose à cette sorte d'attente ouverte que l'on nomme patience.

À la façon du chemin parcouru par son héros, il nous invite à nous confronter à l'inconnu, nous aventurer sans connaître à l'avance le contour des choses. Et on est très heureux d'être un spectateur « au travail », laissé libre dans la rencontre, libre dans le cheminement de sa pensée.



Maria Reggiani

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

Disparition - Artemio Benki

Artemio Benki nous a quittés. A l'ACID, nous l'avons rencontré par son film d'abord, SOLO, que nous avons aimé pour son intelligence sensible, la fragilité et la persévérance alliées ensemble. Puis nous avons rencontré Artemio en chair et en os à Cannes, dans une grande joie, le partage de cette émotion, de l'exigence qui lui avait donné vie. Artemio avait dansé toute la nuit (nous pensons aussi à sa monteuse et aux producteurs qui l'accompagnaient, avec la même joie, alors) ! Il va nous manquer.

SOLO nous reste, avec sa musique obstinée, sa tristesse et ses élans : une émotion vivante. 

Nous pensons chaleureusement à son petit garçon, rencontré lors de la reprise ACID au Louxor, levant fièrement la main dans la salle après la projection de SOLO, ainsi qu'à la mère de celui-ci et à tous ses proches. 

Les cinéastes et l'équipe de l'ACID



Communiqué

Deux films ACID Cannes sélectionnés aux Écrans Documentaires

SOLO d'Artemio Benki et INDIANARA d'Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa sont sélectionnés aux Écrans Documentaires, qui se déroulera du 13 au 19 novembre à Arcueil. 

  • Samedi 16 novembre à 20h30 : INDIANARA (Espace Jean Vilar - Salle 1)
  • Dimanche 17 novembre à 17h30 : SOLO (Espace Jean Vilar - Salle 1)


> Plus de détails ici <

Actualité

Découvrez les films de l'ACID Cannes !

L'ACID est de retour de Cannes où la programmation de 9 long-métrages et d'un focus ACID TRIP #3 Argentine a connu un grand succès à la fois critique, professionnel et public avec une augmentation de fréquentation de 10%.

Merci à toutes les équipes de films et aux acteurs précieux de cette chaîne solidaire : cinéastes, spectateurs, producteurs, exploitants, distributeurs, vendeurs et partenaires, qui permettent aux films sans distributeurs de trouver le chemin des salles.

Ainsi,

Rêves de jeunesse sortira chez Shellac le 31 juillet

• Vif-Argent chez les Films du Losange le 28 août

L'Angle Mort chez Rouge le 16 octobre

Des Hommes chez Rezo

Indianara chez New Story

Kongo chez Pyramide

Et d'autres nouvelles à venir.


En attendant les sorties, les films débutent leur carrière dans les festivals du monde entier dès le mois de juin, à commencer par le Festival de La Rochelle, le Festival du Film de Cabourg, le Champs-Elysées Film Festival

Nous vous donnons également rendez-vous pour les reprises de l'intégralité de la programmation ACID Cannes 2019 : à Paris au Louxor du 13 au 15 sept., à Lyon au Comoedia & à Marseille (La Baleine / Gyptis) du 4 au 6 oct., à Ajaccio à l'Ellipse du 11 au 13 oct., et à l'international : Tanger, Belgrade, Lisbonne, Porto...


Au plaisir de vous y retrouver !

Édito

Des Mots Bleus - News #6

Le 23 avril 2020


Chères toutes, chers tous,

Alors que touche presque à sa fin la sixième semaine de confinement, nous continuons de penser à vous ; en témoignent ces nouvelles idées d'évasion par le cinéma.
N'hésitez pas à nous envoyer vos suggestions pour compléter ces lettres avec nous. Et à nous suivre sur Facebook, Instagram, Twitter...


Les cinéastes et l'équipe de l'ACID


LA JEUNE FILLE SANS MAINS de Sébastien Laudenbach


En des temps difficiles, un meunier vend sa fille au Diable. Protégée par sa pureté, elle lui échappe mais est privée de ses mains. Cheminant loin de sa famille, elle rencontre la déesse de l'eau, un doux jardinier et le prince en son château. Un long périple vers la lumière…


Programmé à l'ACID Cannes 2016 puis soutenu à sa sortie - Les options VOD


PSICONAUTAS de Alberto Vázquez et Pedro Rivero


Sur une île ravagée par un désastre écologique, deux adolescents ont décidé de fuir leur entourage et leur quotidien : l'étrange Birdboy en se coupant du monde et en affrontant ses démons intérieurs, la téméraire Dinky en préparant un voyage dangereux, avec l'espoir secret que Birdboy l'accompagne.


Soutenu par l'ACID en 2017 - Les options VOD


UN PEU DE LECTURE...

« ll y a des films qui sont des ponts entre deux mondes. Des films où les morts et les vivants communiquent. Il y a un cinéma qui rend possible ces liens mystérieux. »

« Nouk entre dans un lac glacé, Samuel la sauve. C'est ainsi que nous avançons dans le récit de La Fille et le fleuve et c'est une histoire d'amour qui devient soudain possible. Le temps passe, Nouk a besoin de Samuel, mais Samuel n'est plus certain de son attachement envers celle qu'il a empêchée de rejoindre l'autre rive. Alors, quand le destin décide de frapper le jeune homme et que la séparation a lieu, « être ensemble » devient pour Nouk une question de vie ou de mort. Mais la mort est une administration ; elle a ses failles ; c'est heureux ! La vie aussi a ses failles ; la vie est pleine d'interférences ! Commence alors le beau pari du film d'Aurélia Georges et pour le relever, nous entrons en territoire de cinéma ami ; un cinéma qui n'a pas peur du poétique, qui ose le fantastique. On pense à Kyoshi Kurosawa ou à Kore-Eda (et à son merveilleux After Life), mais aussi à Jean-Claude Biette et cette double proximité nous enchante parce qu'elle est inattendue et audacieuse. Comme l'est cette rencontre - du côté des vivants -, avec ce dandy « mods » assis sur le rebord d'un pont, en transit entre Bagnolet et le Pays des Morts. Ou celle - du côté des morts -, avec Mileva Einstein qui n'a pas sa langue dans la poche lorsqu'elle parle d'Albert. Il y a des films comme La Fille et le fleuve qui sont des poèmes précieux. Ils sont de plus en plus rares et c'est ce qui les rend indispensables. »


> Lire l'intégralité du texte ici <

...ET DE LA MUSIQUE

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Martín Perino au piano

En hommage à Artemio Benki, réalisateur de SOLO, qui nous a quittés la semaine dernière.


Et pour celles et ceux qui sont plutôt team podcasts ; on vous propose de réécouter l'émission Plan Large sur le cinéma de Mai 68 avec Richard Copans, cinéaste et chef opérateur, membre dans les années 1970 du collectif Cinélutte, et producteur notamment du film REPRISE d'Hervé Le Roux : "Filmer en mai, et après".


ET POUR FINIR, LE PLEIN D'AUTRES PROPOSITIONS CINÉPHILES


  • Toujours plein de films ACID à voir, et notamment NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE de Frank Beauvais (dont les échos avec nos vies de confiné-e-s sont multiples...), en VOD ici.

    > Par ailleurs, sur chaque fiche film sur notre site, vous pouvez trouver des liens vers les options légales de vidéo à la demande !

  • C'est aussi le moment de découvrir des films de cinéastes ACID, comme le moyen-métrage d'Idir Serghine, CROSS, visionnable sur Arte et pour 7 jours à partir de samedi 25 avril.

  • Les cinémas de l'Hexagone continuent de se mobiliser pour proposer des films (notamment sur La Toile) et conserver le lien avec tous leurs publics.

    > On vous parle encore de La Baleine à Marseille, qui accueille de nouveau un cinéaste ACID pour l'hebdomadaire rencontre sur Zoom. Rendez-vous ce dimanche 26 avril à 18h pour une rencontre avec le cinéaste de l'ACID Damien Manivel (LE PARC).

  • D'autre part, DES HOMMES de Jean-Robert Viallet et Alice Odiot (ACID Cannes 2019), est un des films mis à l'honneur cette semaine par "La Baleine de chez soi".

    > Et si on continuait de voir les films en grand ? A Paris, le Cinéma La Clef a projeté LA NUIT DU CHASSEUR sur sa façade. Une projection en plein air est prévue chaque vendredi à 21h.

  • Pendant ce temps, Cabourg réfléchit à des projections en drive-in comme de l'autre côté de l'Atlantique...

  • Les pronostics de Wask pour rêver à un Cannes 2020.

  • Le groupe CGR invite les spectateurs à participer à sa programmation : "Demandez le programme !".

  • L'édition 2020 du Champs-Elysées Film Festival se déroulera 100% en ligne (et gratuitement) du 9 au 16 juin.

  • Et l'article pour finir : sur Libé, on se demande s'il faut se réjouir de l'arrivée de Truffaut sur Netflix?

En espérant que ça s'achève bientôt !
(images tirées de TOMBÉ DU CIEL, Wissam Charaf
- Programmé à l'ACID Cannes 2016)


> Contenu à retrouver également sur les sites de nos partenaires Mediapart et Télérama <

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Article

L'ACID dévoile sa programmation pour l'ACID Cannes 2019 !

Les cinéastes de l'ACID auront le plaisir de présenter à Cannes un programme de 9 longs-métrages dont 7 premiers longs, en présence des équipes de films et de leurs marraines et parrains de l'ACID. Sur les 5 fictions et 4 films documentaires présentés, 4 ont été réalisés ou co-réalisés par des femmes.

Ce programme est enrichi d'un focus sur le cinéma argentin, l'ACID TRIP #3 Argentine, en partenariat avec l'association de cinéastes PCI. 


« Face aux changements profonds du monde, la programmation 2019 fait la part belle aux lignes de fuite, à ces chemins par lesquels se construisent des destins, où les corps plutôt que de disparaitre ou se soumettre affirment leur présence comme point de départ d'une résistance à organiser. 

Récits fantastiques, fables émancipatrices, réalisme documentaire ? Le cinéma dont nous nous nourrissons se joue des catégories, articule des alliages esthétiques inédits ou revisités. Les personnages transcendent moins leur destin pour tendre à l'universel qu'ils ne l'incarnent dans leur singularité, leur intensité, nous offrant ainsi un accès privilégié à ce qui nous est étranger. Curieux paradoxe ? Bien plutôt le moyen, pour nous cinéastes, de mettre encore et encore le monde en partage. »

Les cinéastes programmateurs 2019

Sylvie Ballyot, Aurélia Barbet, Marta Bergman, Michaël Dacheux, Marina Déak, Delphine Deloget, Jean-Louis Gonnet, Diego Governatori, Hanna Ladoul, Marco La Via, Vladimir Perišić, Clément Schneider, Idir Serghine, Christian Sonderegger, Laure Vermeersch.


LA PROGRAMMATION ACID CANNES 2019 :


L'ACID TRIP#3 ARGENTINE :


La 27e édition de l'ACID Cannes se tiendra du mercredi 15 au vendredi 24 mai 2019.

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ACID filmmakers are thrilled to present this year in Cannes, a program of 9 feature-length films of which 7 are first time features. Films will be shown in the presence of the film crews and of their supporting filmmakers from ACID.

5 fictions and 4 documentaries, 4 of which were directed or codirected by women.

This program is enhanced by a focus on Argentinian cinema, ACID TRIP#3ARGENTINE, in partnership with Argentinian filmmakers of the PCI.


« As the world faces deep changes, this 2019 ACID program honors vanishing points and celebrates paths with which destinies are built, where bodies instead of disappearing or submitting, assert their presence, as a starting point for organized resistance.

Tales of fantasy, emancipatory fables, documentary realism? The cinema on which we thrive defies categories, articulates unseen or forgotten esthetical blends. Characters do not so much transcend their destiny to reach for the universal, rather they embody their destiny within their singularity and intensity. Granting us privileged access to what is strange, foreign. A curious paradox? Rather the means for us filmmakers, forever and again, to share the world. »

Programmers filmmakers 2019

Sylvie Ballyot, Aurélia Barbet, Marta Bergman, Michaël Dacheux, Marina Déak, Delphine Deloget, Jean-Louis Gonnet, Diego Governatori, Hanna Ladoul, Marco La Via, Vladimir Perišić, Clément Schneider, Idir Serghine, Christian Sonderegger, Laure Vermeersch.



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Reprises ACID Cannes 2019

À la rentrée, retrouvez l'ensemble de la programmation ACID Cannes 2019 en France et à l'International !

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